Le codec AV1 est un format de compression vidéo libre de droits et open source, développé par l’Alliance for Open Media pour succéder au VP9 et rivaliser avec le HEVC, en offrant une meilleure qualité d’image à débit égal.

Cet article couvre les origines d’AV1, son fonctionnement technique, sa comparaison avec les autres codecs, son adoption par les grandes plateformes de streaming comme Netflix et YouTube, le format image AVIF qui en découle, sa politique de licence ouverte, et ce que prépare la prochaine génération de codecs pour 2026 et au-delà.

Qu’est-ce que le codec AV1 ?

Un codec : terme issu de la contraction entre codeur et décodeur : est un algorithme qui compresse et décompresse des fichiers vidéo afin de réduire leur poids tout en préservant la qualité visuelle. AV1, lancé officiellement en 2018, est le fruit de l’Alliance for Open Media (AOM), un consortium fondé en 2015 par des géants du numérique : Google, Mozilla, Microsoft, Amazon, Netflix, Intel et Cisco. L’objectif était clair : créer un standard vidéo universel, performant et exempt de royalties.

Par rapport à ses prédécesseurs, AV1 offre une réduction du débit de 30 à 50 % pour une qualité d’image équivalente face au VP9 et au H.264. Comparé au HEVC (H.265), les gains sont de l’ordre de 20 à 30 % selon les contenus. En clair : la même vidéo en haute définition consomme beaucoup moins de bande passante, ce qui est décisif pour le streaming et la 4K.

AV1 prend en charge des résolutions allant jusqu’à la 8K (7680 × 4320 pixels), avec une profondeur de couleur jusqu’à 12 bits et la gestion complète du HDR. Sa conception le rend aussi pertinent pour les petits écrans de smartphones que pour les grandes télévisions, ce qui explique son adoption rapide dans un écosystème très fragmenté.

Une histoire de consortium : comment AV1 est né ?

L’histoire d’AV1 commence avec un constat de frustration. Le HEVC, ratifié en 2013, proposait d’excellentes performances de compression, mais son système de licences s’avérait ingérable : plusieurs pools de brevets réclamaient des royalties, rendant son adoption incertaine et coûteuse pour les développeurs et les plateformes. Google avait entretemps développé VP9, performant mais limité à son écosystème.

L’AOM a alors décidé de partir de bases solides : elle a fusionné les travaux de compression de Daala (Mozilla), Thor (Cisco) et VP10 (Google) pour créer AV1. Le codec a été finalisé et publié en juin 2018, avec ses spécifications complètes accessibles à tous, gratuitement. Cette approche collaborative est rare dans le monde des codecs, où les guerres de brevets font partie du paysage habituel.

Le modèle AOM repose sur un principe simple : les membres du consortium s’engagent à ne pas poursuivre les utilisateurs d’AV1 pour violation de brevets qu’ils détiendraient sur les technologies intégrées au standard. Résultat, AV1 est utilisable sans frais ni négociation de licence, ce qui a considérablement accéléré son déploiement dans l’industrie.

Comment AV1 fonctionne-t-il techniquement ?

La compression vidéo repose sur un principe universel : ne transmettre que ce qui change d’une image à l’autre, et éliminer les redondances visuelles que l’œil humain ne perçoit pas. AV1 pousse ce concept beaucoup plus loin que ses prédécesseurs grâce à plusieurs innovations clés dans son encodage.

L’encodage AV1 utilise des blocs de prédiction de taille variable, pouvant aller de 4 × 4 pixels jusqu’à 128 × 128 pixels. Cette flexibilité permet d’adapter la précision de l’encodage selon la complexité du contenu : un ciel uniforme sera encodé en grands blocs, tandis qu’une scène urbaine chargée en détails exploitera des blocs plus fins. Le codec intègre également des transformées DCT améliorées et de nouvelles techniques de filtrage pour réduire les artefacts visuels à bas débit.

La contrepartie est connue : l’encodage AV1 demande une charge de calcul considérablement plus élevée que celle du H.264 ou du VP9. Un encodeur logiciel AV1 peut être 20 à 100 fois plus lent selon la qualité visée. C’est pourquoi le déploiement à grande échelle du codec a nécessité l’arrivée de puces matérielles dédiées : GPU, processeurs mobiles et chipsets TV : capables de décoder AV1 en temps réel sans vider les batteries.

Si vous comparez les codecs vidéo modernes sur le plan technique, notre analyse sur x264 et x265, leurs différences vous donnera les repères nécessaires pour comprendre l’évolution de H.264 au HEVC, socle sur lequel AV1 se construit.

Adoption et support : où en est-on en 2026 ?

En 2026, AV1 est devenu le codec de référence du streaming grande qualité. YouTube encode la quasi-totalité de son catalogue en AV1 pour les navigateurs et appareils compatibles, et Netflix a déployé AV1 pour ses contenus mobiles puis pour une partie croissante de sa bibliothèque sur Smart TV et consoles. Le débit économisé se traduit directement par une meilleure qualité perçue à connexion égale.

Du côté matériel, le support AV1 est désormais intégré dans :

  • Les GPU Nvidia à partir de la série RTX 30xx (décodage) et 40xx (encodage matériel)
  • Les GPU AMD à partir de l’architecture RDNA 2
  • Les GPU Intel Arc et les processeurs Core de 12e génération et ultérieurs
  • Les SoC Apple Silicon (M2 et ultérieurs) pour le décodage AV1
  • Les chipsets mobiles Snapdragon 8 Gen 1 et leurs successeurs
  • La majorité des Smart TV 2022 et ultérieures, via des puces dédiées

Sur le plan logiciel, Chrome, Firefox, Edge et Safari décodent AV1 nativement. Le format de conteneur WebM est souvent associé à AV1 sur le web, tandis que le MKV (Matroska) est privilégié pour les fichiers locaux. L’encodeur open source SVT-AV1, développé par Intel et Netflix, a considérablement réduit les temps d’encodage et s’impose comme la référence production en 2026.

Personne regardant une vidéo 4K sur un grand téléviseur dans un salon

Le format AVIF : quand AV1 s’applique à l’image

AV1 ne se limite pas à la vidéo. Le format AVIF (AV1 Image File Format) applique les algorithmes de compression d’AV1 aux images fixes. À qualité visuelle équivalente, un fichier AVIF est en moyenne 50 % plus léger qu’un JPEG et 20 % plus léger qu’un WebP : une différence qui compte à l’échelle d’un site web recevant des millions de visiteurs.

AVIF prend en charge la transparence via le canal alpha, les images HDR, la profondeur 12 bits et les séquences animées, ce qui le positionne comme un successeur potentiel à la fois du JPEG et du GIF animé. En 2026, les quatre grands navigateurs supportent AVIF nativement, et de nombreux CDN d’images le servent automatiquement aux navigateurs compatibles, améliorant les scores Core Web Vitals sans effort supplémentaire.

L’enjeu du HDR est directement lié à AVIF et à AV1 : pour profiter pleinement de ces formats sur un téléviseur, le choix du standard d’affichage compte autant que le codec. Notre comparatif HDR10 ou Dolby Vision pour votre téléviseur vous aidera à choisir le bon réglage pour exploiter toute la richesse colorimétrique permise par AV1.

Licence libre : pourquoi c’est l’avantage décisif d’AV1 ?

La question des brevets logiciels est centrale dans l’histoire des codecs. Le MPEG-LA, organisme qui gère les licences H.264 et HEVC, impose des redevances qui atteignent plusieurs millions de dollars annuels pour les grands diffuseurs. Le HEVC Advance, second pool de brevets HEVC, a encore complexifié la situation en réclamant des royalties sur le contenu distribué : et non plus seulement sur les équipements.

AV1 rompt avec ce modèle : l’AOM garantit une licence libre de redevances à quiconque implémente le standard, à condition de ne pas poursuivre d’autres membres en justice pour des brevets liés à AV1. Ce modèle coopératif réduit le risque juridique pour les développeurs, les fabricants de matériel et les plateformes de streaming. C’est précisément ce qui a convaincu Netflix et YouTube d’investir massivement dans le codec dès ses débuts.

La situation n’est pas totalement sans risque : des entités extérieures au consortium : souvent des sociétés de gestion de brevets, parfois appelées patent trolls : ont tenté de réclamer des royalties sur des technologies intégrées à AV1. L’AOM surveille ces menaces et dispose d’un fonds défensif de brevets pour protéger ses membres. Jusqu’à présent, aucune revendication n’a abouti à bloquer l’adoption du codec.

Au-delà d’AV1 : AV2, codecs IA et l’avenir du streaming

AV1 est destiné à dominer le streaming pendant encore plusieurs années, mais la recherche sur son successeur est déjà engagée. L’AOM travaille sur AV2, qui vise une réduction supplémentaire du débit de 20 à 30 % par rapport à AV1. Les premières spécifications sont attendues entre 2027 et 2028, avec un déploiement grand public probable vers 2030.

Parallèlement, une nouvelle génération de codecs exploite l’intelligence artificielle pour la compression. Des approches comme les travaux de DeepMind ou les recherches de Meta sur les codecs neuronaux montrent qu’il est possible de dépasser les limites théoriques des codecs classiques en apprenant des patterns visuels à partir de données d’entraînement. La frontière entre encodage vidéo et apprentissage automatique avec une culture technique devient de plus en plus poreuse pour les ingénieurs du domaine.

En 2026, l’écosystème des codecs se stabilise autour d’AV1 pour le streaming, HEVC pour les flux broadcast et les Blu-ray 4K, et H.266/VVC (Versatile Video Coding) qui tente de s’imposer dans la vidéo professionnelle malgré une structure de licences complexe. AV1 reste le seul codec haute performance à combiner qualité, liberté d’usage et large support matériel : un avantage que ses concurrents peinent à égaler à court terme.

Questions fréquentes

Comment puis-je corriger l’erreur « codec manquant pour lire video » ?

Ce message signifie que votre lecteur ne dispose pas du décodeur nécessaire pour le format du fichier. Installez un lecteur polyvalent comme VLC Media Player (gratuit et open source), qui embarque l’ensemble des codecs courants, dont AV1. Sur Windows, le pack de codecs K-Lite peut également compléter les décodeurs manquants dans l’Explorateur et les applications Microsoft. Évitez les sites proposant des packs de codecs inconnus, souvent vecteurs de logiciels indésirables.

Comment puis-je lire un fichier AV1 ?

Les fichiers encodés en AV1 (souvent au format .webm ou .mkv) se lisent avec VLC 3.0 ou ultérieur, mpv, ou tout navigateur récent (Chrome 70+, Firefox 67+, Edge 18+). Sur Windows 11, le décodeur AV1 est disponible gratuitement via le Microsoft Store (AV1 Video Extension). Sur Smart TV, les modèles 2022 et ultérieurs intègrent généralement un décodeur matériel AV1 : vérifiez les spécifications de votre appareil avant tout achat.

Quel est le format vidéo de meilleure qualité ?

La réponse dépend du contexte. Pour le streaming en ligne, AV1 offre le meilleur rapport qualité-débit en 2026. Pour l’archivage et la production, les formats sans perte comme FFV1 ou ProRes sont préférés car ils ne dégradent pas l’image. Pour la distribution physique via Blu-ray 4K, le HEVC reste dominant. AV1 est le meilleur choix pour diffuser de la haute définition en économisant la bande passante.

Quelle est la différence entre les codecs AV1 et HEVC ?

AV1 et HEVC (H.265) visent le même objectif : compresser la vidéo en haute qualité : mais diffèrent sur deux points fondamentaux. Sur le plan des performances de compression, AV1 surpasse le HEVC d’environ 20 à 30 %, ce qui se traduit par des fichiers plus légers à qualité identique. Sur le plan des licences, AV1 est libre de droits, tandis que HEVC implique des royalties complexes pour les diffuseurs et fabricants. Le HEVC conserve un avantage sur les équipements plus anciens et dans les chaînes de production broadcast.

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